24 juin 2012
Arrêt maladie, conscience professionnelle et autres réflexions.
Les derniers jours/semaines/mois au boulot m'ont poussé à me poser des questions sur les arrêts maladie, la conscience professionnelle, les responsabilités réelles et perçues des salariés, les limites du corps et bien d'autres choses encore.
Je me suis rendue compte qu'il y avait 2 catégories de salariés.
La première, celle dont font partie certaines de mes collègues, pourrait sembler la moins "correcte" de prime abord. Mais en fait non, ces gens-là ont tout compris.
Ces gens-là sont ceux qui ne viennent pas bosser quand ils sont malades. Qui ne cherchent pas à négocier à la baisse (voir à annuler) un arrêt maladie que leur médecin leur propose. Qui en demandent même parfois à leur médecin quand la fatigue physique ou le stress au boulot se font trop intenses.
Certains de ces gens-là abusent du système et arrivent même à faire en sorte d'avoir un arrêt maladie pile quand il y a un pic de travail (du coup, les collègues sur place font le sale boulot, et au retour de l'arrêt maladie, ça sera la fête, le plus dur étant passé pendant leur absence). J'ai une collègue, par exemple, qui a toujours une angine/bronchite/truc du genre pile le jour où on attend d'elle un investissement pro important. C'est toujours la même chose: elle pète la forme le mardi, mais on ne la voit pas débarquer le mercredi. Arrive ensuite l'info: son médecin l'a arrêté 3 jours. Donc jusqu'au lundi suivant. Et elle débarque invariablement en pleine forme le lundi, sourire pétant et pêche monstrueuse. Et quand on lui demande si ça va mieux, c'est comme si on l'a ramenait à la réalité. Elle pose sa main sur sa gorge, prend un regard de caniche et nous raconte combien elle a souffert - combien elle souffre encore. Et blablablablaaaaaaaaaa... Je me dis qu'un "arrêt maladie" peut avoir de jolies allures de "congé maladie", parfois...
Et puis il y a la seconde catégorie. Celle dont je crois faire partie. Vous savez, ces personnes qui viennent bosser même quand ils ont de la fièvre, même quand ils sont malades, même quand ils se sentent mal. Nos phrases fétiches sont: "Faut que le boulot avance. Je ne peux pas laisser ça aux collègues qui ont déjà tellement à faire... Je ne peux pas m'arrêter maintenant. Ce n'est pas le moment. etc". On parle de conscience professionnelle, de responsabilités... Vouloir bien faire, refuser qu'on puisse nous reprocher quoi que ce soit, essayer d'être le meilleur possible... Un arrêt, une pause, du repos?? pas le moment, pas besoin, je survivrai sans! Et on pousse encore un peu plus loin notre corps, à chaque fois. J'ai toujours fonctionné comme ça, quand j'y pense...
Et c'est ce que j'ai (encore) fait la semaine dernière... Des douleurs dans le dos le lundi soir qui m'ont empêché de dormir. Mardi matin, je me traîne quand même au boulot pour m'attaquer à la montagne de trucs à faire qui m'attendait. Malgré la douleur qui se fait de plus en plus insistante, je continue jusqu'à vendredi, je surmonte ma souffrance. Mais là, je n'en peux plus. Les douleurs de plus en plus intenses sont devenues quasi-continues + des éruptions cutanées hyper sensibles ont décidé de me pourrir un peu plus la vie. Je prends donc rdv avec mon doc vendredi, en fin de journée (histoire de ne pas empiéter sur ma dernière journée de travail de la semaine, n'est-ce pas).
Là, le diagnostic tombe: zona.
Wow, formidable.
Mon médecin prescrit un traitement de fond + exige une période de repos.
Du repos??!! Euh... mais c'est que j'ai du boulot, moi!! Mon doc m'explique alors que le zona se réveille après une looooongue période de stress et de fatigue. Que je vais devoir lever le pied. Que ça fait un moment qu'à chaque fois qu'elle me voit, c'est toujours la même histoire, au fond: le stress du boulot. Que je vais devoir finir par accepter les arrêts maladie qu'elle me propose. Que cette fois, elle ne me laissera pas repartir sans rien. Qu'elle pense qu'il me faudrait une bonne semaine.
Je finis par accepter un arrêt pour lundi + mardi, en promettant de revenir mardi pour qu'on voit ensemble s'il y a besoin de le prolonger.
Alors, comment dire... en sortant de là, je me suis sentie bien con. Des soucis de santé à cause de mon excès d'investissement au travail, finalement, j'en ai eu un paquet ces derniers mois (toujours gérés le weekend, ou le soir. ou même tout simplement ignorés jusque là...).
Et là, j'ai eu peur. Pourquoi je me mets dans cet état là? est-ce que ça en vaut le coup?
Pour tout un tas de raisons, dont la non-reconnaissance de ma boss, la réponse est clairement "non".
Mais comme on ne se refait pas, arrivée chez moi, j'envoie un mail à ma boss expliquant que je suis arrêtée pendant 2 jours, mais que je resterai connectée par email, dans la mesure du possible. La réponse ne se fait pas attendre: un sec et cinglant "je me débrouillerai sans vous". Mais oui, bien sûr.
En même temps, je m'attendais à quoi?! Je suis con, con, con... A ne pas avoir su poser de limites à cette sphère professionnelle qui se faisait de plus en plus exigeante ces derniers mois, je n'ai que ce que je mérite. Plus on m'en demande, et plus j'en fais. Et forcément (logiquement, même), plus j'en fais, plus on m'en demande. C'est moi le soucis, au fond.
Alors quoi?
Ben mardi, j'irai voir mon médecin et je me forcerai à faire partie de la première catégorie de salariés. Ceux qui ne mettent pas le boulot au dessus de tout. Ceux qui ne jonglent pas avec leur santé. Ceux pour qui le burn-out n'est pas une option.
J'irai donc voir mon doc en disant la vérité: que je suis exténuée, que le traitement est tellement lourd que je dors toute la journée, que j'ai même des vertiges dès que je me lève. Que j'ai besoin de repos.
Mardi, je me forcerai à considérer mon boulot comme "juste" un boulot, et ma santé comme ce qu'elle doit être: prioritaire.

Commentaires
Je suis 100% comme toi et le problème c'est que ces baisses de santé ne sont que des rappels à l'ordre malheureusement vite oubliés. Dans mon ancien job, je me suis toujours investie au delà du nécessaire, par conscience professionnelle mais aussi par plaisir et j'estime que faire ce que l'on aime ou aimer son travail est une chance. Alors non, tu n'es pas trop "con, con, con" mais celui ou celle qui est hyper con c'est celui qui profite de toi ou de tous les colaborateurs motivés au point de tuer leur motivation ... c'est dommage !
Par contre, la conclusion c'est quand même qu'il faut que tu te reposes.Courage ma belle. Un zona.. ouch, prends le temps, tu DOIS le prendre. Tu le dois à ton corps surtout. Et comme tu dis plus tu donnes plus on t'en prends.J'ai eu 2 arrêts maladie d'une journée en 16 mois alors quand je dis non ce samedi a 5h du mat je ne serai pas disponible on ne comprends pas. Dommage! Pense à toi
Bon rétablissement.Réponses
@ Etincelle: tu as tout compris! lutter contre le sentiment de culpabilité va être le plus compliqué...
@ Colette: essaie de suivre mon exemple avant que te corps ne te l'impose, comme ça a été le cas pour moi!
@ arwen: c'est tout à fait ça, en fait... ce sentiment de passer pour une profiteuse. alors que bon, vu la situation, je ne vais pas avoir le choix! La douleur est vraiment trop forte et de toute façon, les médocs m'assomment: je dors toute la journée (je viens de me réveiller d'une sieste de 4h, là! :p )
@ Lolotte: ce n'est malheureusement pas le premier rappel à l'ordre de mon corps. et comme tu dis, c'est vite oublié... mais bon, vu mon état, je vais devoir me reposer. au moins cette fois ci
Et j'espère quand même que je vais réussir à m'imposer un certain rythme, certaines limites... parce que c'est usant, sur le long terme!! La solution ne peut venir que de moi parce que préserver ses collaborateurs, quand on ne sait pas faire, on ne saura probablement jamais faire...
@ loulette:Ben c'est ça! on a beau donner le max tout le temps, dès la première baisse de régime, en nous envoie ça dans les pattes! On doit se blinder contre ça, donner ce qu'on peut, quand on peut. et ne pas s'interdire de souffler, lorsque c'est nécessaire! prends soin de toi, de ton côté aussi. C'est obligatoire dans ton cas: tu dois t'occuper de ton fils toute seule, en ce moment, alors....
Et plus généralement: merci les gens!!
Tu as raison de prendre ta maladie au sérieux.
Perso, j'ai donné d'aller au boulot malade ou shootée par les médocs, et maintenant, c'est fini.
Je ne pleure pas après mon médecin pour qu'il me donne des jours d'arrêt maladie, mais quand il m'en donne, clairement je les prends, et surtout quand je suis chez moi, JAMAIS de mails ou de téléphone pour le boulot (sauf pour prévenir que je ne viendrai pas les x jours prochains !)...un gros bisous
ha lala ! on dirait moi il y a 4 ans. Puis mon corps à dit "NON", j'ai douillé 6 mois. Maintenant plus jamais. La vie est courte et belle, et il y a autre chose après le travail. Je m'investi toujours autant, mais désormais mes priorités sont ailleurs. Quand ma journée est finie, elle est finie. Si un matin, je me lève fiévreuse et courbaturée avec la gerbe, je retourne me coucher. Si c'est juste un rhume, je vais bosser. Apprendre à faire la part des choses, n'est pas facile, mais c'est nécessaire. Et puis surtout après, on vit beaucoup mieux.
Ecoute ton Doc, dors, mange, dors, mange, prend tes médocs, et dors.
Et t'es mignonne, tu te soignes et tu reviens en pleine forme, nous raconter des anneries, et nous montrer de jolies tenues.
Je t'embrasse fort, mon Ozie Boo.Je me reconnais dans la deuxième catégorie face à la maladie... (et pourrais en citer beaucoup dans la première, mais passons ^^) Comme toi, je suis incapable d'accepter un arrêt de travail de plus de deux jours, et encore faut-il que mon médecin me menace pour que j'accepte.
Heureusement pour moi (ou malheureusement...), je ne suis pas encore arrivée à ton état de fatigue, mais je dois reconnaitre que je tire sur la corde en ce moment, beaucoup plus que je ne le devrais, et que je suis consciente qu'il va falloir que je lève un peu le pied... Surtout que comme toi la reconnaissance n'est pas à la hauteur de l'implication.
Alors demain, je souhaite que tu arrives à faire ce dont je n'ai pas le courage : demander un arrêt maladie à ton médecin, accepter que le boulot puisse avancer sans toi, accepter de prendre du temps pour toi, pour te soigner et te reposer ^^ !
Je te souhaite un bon rétablissement ^__^ !!J'étais comme toi...et puis un jour un truc de merde te tombe dessus qui n'est pas vraiment grave mais super chiant à gérer...donc obligé de partir du taf en cas de grosse crise, sinon faut gérer sur place
Depuis ce jour là, je ne culpabilise plus! quand je vais vraiment mal, je reste chez moi! Ma santé est la priorité, j'ai besoin d'être en forme pour profiter des gens que j'aime.
Le boulot sort de ma tête quand je monte dans ma voiture, surtout depuis que je suis libérée du ce/dp/uniformes. J'étais beaucoup trop stressée!
Maintenant je fais une crise par mois, ce qui est acceptable!
Il faut que tu prennes du temps pour toi, tu es beaucoup trop impliquée dans ton travail. Je sais que tu ne changeras pas, mais accepte qu'il faut savoir faire une pause quand tu es au bord du précipice! Tu as un homme, une famille et des amies qui ont besoin de toi en pleine forme
Repose toi bien, je te fais des énormesss bisousss.Réponses
@ alex: merci ma Boulex! ça fait des mois que j'essaie d'apprendre à faire la part des choses, sans succès... espérons que cette "expérience" m'apportera au moins cette sagesse!
@ BabyZou: J'ai réussi à accepté la prolongation de l'arrêt maladie jusqu'à la fin de semaine! une vraie victoire pour moi!! (en même temps, je ne suis pas en état d'aller travailler, alors...). Et ma victoire supplémentaire, qui peut sembler ridicule à d'autres, c'est que quand elle m'a dit que lundi prochain, si je n'allais pas assez bien, il fallait que je revienne la voir pour le prolonger encore, j'ai dit "oui, oui, bien sûr" et je le pensais!!
Si tu as conscience de trop tirer sur la corde, essaie tout de suite de ralentir le rythme parce que crois-moi, on peut tirer longtemps, sur cette foutue corde, mais le jour où tout pète, c'est un sacré bordel!!
@ Sobidou: Merci pour tes gentils mots!! et oui, cette fois-ci, je vais me reposer et attendre d'être remise pour retourner travailler. Maintenant, je lutte surtout cotre le sentiment de culpabilité, mais bon, c'était assez prévisible! :p
@ Ju: Je sais que tu as raison. Et je sais que ça a à voir avec nos caractères, au fond. Mais comme toi, je veux trouver un équilibre parce que oui, l'essentiel est ailleurs!! Je ne veux plus attendre de m'écrouler pour réagir. Alors voilà, mon premier pas à moi, ça aura été d'accepter cet arrêt maladie, puis sa prolongation... Mais le plus dur reste à venir! Tenir sur le long terme, ça va être mon objectif!!
Réponses
@ Kimie: (désolée, ton comm était passé en spam...)
C'est ce à quoi j'aimerais arriver, parce que finalement, c'est être raisonnable, tout simplement. Même si je dois confesser: un coup de fil à une collègue et un mail à ma boss parce que bon, mardi, on a une réunion importante et que je devais leur passer des infos sur ce que j'avais préparé en vue de cette réunion...
@ Wendy: Merci à toi! C'est gentil...








Je suis exactement comme toi, c'est fou!
Le problème, comme tu l'as dit, c'est que plus on fait, plus on se repose sur nous. Et du coup arrive un jour où ce n'est tout simplement plus possible physiquement.
Repose toi, préserve toi, et lorsque tu reprendras le travail, ne culpabilise pas surtout.
Bon courage.